Comment est établie la classification des ingrédients cosmétiques ?

Zoé
Mis à jour le 5/5/26 par Zoé

L’évaluation des ingrédients cosmétiques prend en compte à la fois les effets de ces composés sur la santé humaine et leurs impacts environnementaux. Elle repose sur deux analyses complémentaires : une évaluation toxicologique et une évaluation écotoxicologique.

Un ingrédient cosmétique est classé rouge (à risque) 🔴 sur Yuka si les trois critères suivants sont réunis :

1. Effets graves sur la santé ou l'environnement

L’ingrédient cosmétique lui-même, ou les contaminants potentiellement présents dans l’ingrédient, sont associés à des effets graves sur la santé ou l’environnement.

Sont considérés comme des effets graves pour la santé humaine ceux susceptibles d’augmenter le risque de réactions aiguës ou de pathologies chroniques, telles que le cancer, une toxicité affectant un ou plusieurs organes cibles (par exemple : pancréas, foie, reins, poumons, sang). Les effets graves incluent également un fort pouvoir de sensibilisation de la peau, les réactions allergiques sévères ainsi que les perturbations biologiques ou métaboliques complexes, comme les atteintes des systèmes endocrinien, reproducteur ou nerveux et les dommages à l’ADN.

Sur le plan environnemental, sont qualifiés de graves les effets entraînant des atteintes significatives aux écosystèmes, via une toxicité aiguë et / ou chronique et / ou une perturbation endocrinienne observée chez des espèces appartenant à différents niveaux trophiques (algues, micro-organismes, invertébrés, coraux, poissons et autres vertébrés) à des concentrations comparables à celles conduisant à une classification du danger environnemental en catégorie 1 selon le règlement européen CLP n°1272/2008.

2. Niveau de preuve élevé

Le lien entre l’ingrédient et au moins un de ses effets graves sur la santé ou l’environnement repose sur des preuves robustes provenant :

  • d’un avis ou d’une classification officielle par une autorité de référence (CIRC, ECHA, SCCS, ANSES, US EPA, INERIS, Santé Canada, OEHHA, etc.)
  • d’un faisceau de preuves scientifiques convergentes issues d’approches méthodologiques complémentaires (études animales, expériences in vitro, études épidémiologiques, tests de tolérance cutanée, analyses des interactions avec les hormones, récepteurs hormonaux ou autres éléments clés du métabolisme, études in silico de prédiction de toxicité via modélisation informatique, etc.).
3. Exposition estimée à risque

L’exposition estimée du consommateur ou de l’environnement peut atteindre ou dépasser des niveaux préoccupants pour la santé ou laisser une marge de sécurité insuffisante, pour tout ou partie de la population (y compris pour certaines tranches d’âges ou certaines régions spécifiques) ou pour les organismes vivants.

Notre évaluation de l’exposition prend notamment en compte, en fonction des données disponibles :

  • la concentration estimée de l’ingrédient dans les produits (données déclaratives d’usage, données analytiques, valeurs maximales autorisées, estimations des autorités sanitaires);
  • la fréquence et les quantités d’utilisation dans le cadre d’un usage courant;
  • l’accumulation des expositions liée à la présence de l’ingrédient dans plusieurs produits cosmétiques pouvant être intégrés dans une même routine;
  • la forme sous laquelle l’ingrédient est utilisé, en particulier lorsqu’il s’agit de nanoparticules, dont la très petite taille peut augmenter la réactivité biologique, l’accumulation dans les tissus et potentiellement la toxicité;
  • le taux de pénétration cutané pour les cosmétiques appliqués sur la peau;
  • les autres voies d’exposition pertinentes selon le type de produit, notamment l’inhalation (aérosols, sprays), l’ingestion accidentelle (produits labiaux) ou l’exposition des muqueuses (produits d’hygiène intime);
  • les différents profils de populations, notamment les nourrissons, les enfants, les adolescents, les adultes, les femmes enceintes, les personnes âgées, ainsi que les personnes avec une peau sèche, lésée et / ou atopique chez qui l’altération de la barrière cutanée peut faciliter la pénétration des substances.

Sur le plan environnemental, l’exposition des écosystèmes prend notamment en compte, en fonction des données disponibles :

  • les propriétés physico-chimiques des substances;
  • leur mobilité dans les différents compartiments environnementaux (eau, air, sol);
  • leur persistance, notamment via les résultats des tests de biodégradabilité;
  • le potentiel de bioaccumulation dans les organismes vivants;
  • les estimations des quantités relarguées dans l’environnement du fait des activités humaines.

L'équipe scientifique de Yuka considère que le niveau d’exposition est préoccupant pour la santé humaine ou environnementale lorsqu’au moins l’une des situations suivantes est observée :

  • dépassement d’un seuil de préoccupation pour la santé ou l’environnement (par exemple : marge de sécurité, dose dérivée sans effet, concentration prédite sans effet pour l’environnement) constaté par une autorité d’évaluation des risques (par exemple : ECHA, SCCS, ANSES, US EPA, INERIS, Santé Canada);
  • dépassement d’un seuil de préoccupation mis en évidence dans une ou plusieurs études indépendantes présentant un haut degré de preuve au regard des standards toxicologiques établis par des instances officielles (telles que le CIRC, le JECFA, l’EFSA ou l’INERIS);
  • absence de seuil d’exposition pouvant être considéré comme sûr pour la santé ou l’environnement. En effet, certaines substances susceptibles de perturber le système endocrinien ou de présenter un caractère cancérigène et génotoxique peuvent théoriquement entraîner un effet nocif, même à une exposition très faible. Dans ce cas, les autorités d’évaluation des risques recommandent de réduire l’exposition au niveau le plus bas possible, aucune dose ne pouvant être considérée comme totalement dépourvue d'effet nocif.

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Un ingrédient cosmétique est classé orange (risque modéré) 🟠 sur Yuka lorsque les trois critères précédents ne sont pas pleinement remplis. Par exemple :

  • les données scientifiques disponibles mettent en évidence une exposition possiblement importante, mais le degré de certitude / de preuve des effets sur la santé et / ou l'environnement reste insuffisant;
  • les données d'exposition laissent envisager un risque de dépassement d'un seuil de préoccupation, ou un potentiel de bioaccumulation pouvant entraîner des effets en cas d'exposition sur le long terme, mais restent insuffisantes pour caractériser ce risque avec certitude.

Un ingrédient cosmétique est classé jaune (risque faible) 🟡 sur Yuka lorsque :

  • les effets sur la santé et / ou l’environnement sont jugés moins préoccupants. Sur le plan de la santé cela inclut par exemple les risques d’irritation ou d’inconfort oculaire modérés, le risque modéré de sensibilisation de la peau (c’est-à-dire de développer une allergie cutanée), le risque de faciliter la pénétrance d’autres substances au travers la peau, ou la photosensibilité (c’est-à-dire le risque de provoquer des réactions au contact de la lumière). Pour l’environnement cela concerne par exemple les ingrédients dont le traitement en station d’épuration est partiel, pouvant entraîner un rejet dans l’environnement de substances peu biodégradables;
  • les effets observés pourraient être significatifs pour la santé et / ou l’environnement, mais les preuves scientifiques disponibles demeurent encore insuffisantes. Dans ces situations, le risque est considéré comme suspecté;
  • le niveau d’exposition via les produits cosmétiques est significatif, tout en demeurant inférieur aux seuils de préoccupation pour la santé et / ou pour l’environnement dans le cadre d’une utilisation normale;
  • l’exposition de l’environnement à la substance est limitée, mais le procédé de fabrication présente un impact environnemental identifié (extraction de ressources fossiles ou minérales, synthèse chimique énergivore, utilisation importante de solvants).

Un ingrédient cosmétique est classé vert (sans risque) 🟢 sur Yuka lorsqu’à ce jour, aucun risque pour la santé humaine ou environnementale aux doses couramment utilisées dans les cosmétiques n’a été identifié par des sources scientifiques d’un niveau de preuve robuste.

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